Cette nouvelle est un écrit collectif de pure fiction. Toute ressemblance avec des situations réelles ou des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que hasard et coïncidence.

Texte à Clac 

Paul-Adrien Ternejoul était exténué. Il venait enfin de trouver le village qu’il visait. C’était un bled paumé dont le nom s’avérait différent à l’arrivée de celui qu’on lui avait donné au départ. Les notaires étaient vraiment des branquignoles. Ça, il pouvait pardonner. Des noms comme celui-là, tu te sentais obligé de les changer tellement ils étaient improbables. Son GPS qui ne connaissait que la zone située à l’intérieur du périphérique parisien et le trajet Paris-Deauville avait bien voulu le guider jusqu’au bout de l’autoroute mais, dès qu’il en était sorti, l’engin s’était mis à bégayer et à le balader sur des routes bombées et cabossées qui lui avaient vraisemblablement massacré les amortisseurs.

Paul-Adrien avait finalement atteint son but malgré la mauvaise volonté de la technologie et il était sur la place du village, en face de la mairie laquelle, le mercredi, en pleine semaine, à quinze heures, était fermée. Le trou !

Il se demanda pour la trentième fois depuis qu’il s’était engagé sur les routes locales ce qu’il faisait dans cette galère et ce qui pouvait bien justifier un voyage aussi aventureux. Il avisa un type juché sur un tracteur et lui demanda s’il pouvait lui indiquer la maison d’Albert Trougnol. Le gars haussa les épaules et lui répondit d’une voix rocailleuse que l’Albert était mort. Il le savait qu’il était mort, c’était même pour ça qu’il était là ! Paul-Adrien expliqua donc qu’il était son petit neveu et qu’il venait d’hériter de la bicoque du vieux.

L’œil du bonhomme s’alluma et il le détailla, s’attardant sur son polo Lacoste et ses chaussures vernies. Le mot « héritage » semblait avoir une signification toute particulière dans ces contrées, surtout lorsque celui qui s’en réclamait n’était visiblement pas d’ici.

Il finit par donner les explications attendues qui étaient si peu claires que Paul-Adrien dût les lui faire répéter trois fois, se demandant si on ne l’envoyait pas dans un traquenard, une route fantôme qui débouchait sur une falaise au pied de laquelle tous les étrangers allaient s’écraser.

Il repartit dans la direction indiquée et la route s’amenuisa encore. Il finit par emprunter un chemin défoncé bordé par des ronces qui griffaient la peinture de sa BM X5 hybride, une location longue durée qu’il fallait rendre impeccable à terme si on ne voulait pas voir la note s’envoler. Il serra les dents et s’obligea à avancer. Quand on avait fait une connerie, il fallait l’assumer. Il se maudit de ne pas avoir renoncé à cet héritage idiot qui lui était tombé dessus. Paul-Adrien aurait donné n’importe quoi pour se retrouver dans son appartement du dix-huitième arrondissement qu’il partageait avec deux colocataires, célibataires comme lui, qu’il évitait de croiser autant que faire ce peu. Il avait depuis longtemps compris que le meilleur moyen de ne pas entrer en conflit avec les autres, c’était encore de ne pas les voir. Ici aussi, il comptait bien limiter ses contacts avec les autochtones et se tirer de là aussi vite que possible, c’est-à-dire dès qu’il aurait mis en vente la bâtisse qu’il allait découvrir au bout du chemin. 

Au bout du chemin, comme il fallait s’y attendre, il trouva une petite fille. Il se dressa sur la pédale de frein, dérapa et se retrouva en travers, l’avant comme l’arrière de sa bagnole hors de prix coincés dans les buissons épineux. Il avait plu pendant des semaines et le terrain était crémeux, une patinoire de boue plus ou moins mêlée à des choses qu’il préférait ne pas imaginer. Il ouvrit sa portière, furibond, prêt à passer ses nerfs sur la gamine et il enfonça son pied gauche dans une sorte de fondrière qui fit ventouse lorsqu’il voulut le dégager. Sa jolie chaussure vernie et pointue resta au fond et il sentit que des larmes montaient du plus profond du désespoir qui l’avait envahi. Il les ravala pour ne pas s’humilier devant une enfant mais n’osa pas lui crier dessus. Il avait trop peur que son cri ne soit qu’un coassement sinistre. Il fouilla la boue jusqu’à retrouver son soulier qu’il découvrit totalement ruiné, juste bon à finir à la poubelle, un peu comme son gilet dont il n’avait pas remonté la manche avant de plonger. Il vida dignement ce qu’on pouvait à présent qualifier de godasse voire de grolle et tout à fait légitimement d’écrase-merde puis inséra son pied à l’intérieur, choisissant le moindre mal.

La petite fille l’observait comme un entomologiste examinerait une nouvelle espèce de cancrelat géant, mi intéressée, mi dégoutée. Il prit le parti de lui demander comment se rendre à ce qui avait été la demeure de feu son grand-oncle. Elle écarquilla les yeux, vaguement inquiète et tendit un doigt vers ce qu’il pensa être un tas de ferraille et qui s’avéra être une voiture réduite à l’état de ferraille, ce qui revenait somme toute au même. Il abandonna sa BM qu’il ne se sentait pas d’esquinter plus qu’elle ne l’était déjà pour la dégager.

Il posa ses pieds sur les pierres et les mottes qui lui semblaient stables et, par sauts successifs assez grotesques, il parvint à une sorte de clairière où trônait la maison que le vieillard lui avait léguée par inadvertance, faute d’avoir engendré et grâce aux décès successifs de sa sœur, Marinette, la grand-mère de Paul-Adrien, puis de sa nièce, la mère de Paul-Adrien qui était fils unique ce dont il remerciait le ciel chaque jour.

La bâtisse dépassait toutes ses espérances… 

à suivre ...

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